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François
est né le 31/07/1992 avec un PBVE bilatéral. J’ai appris la nouvelle à la naissance. La sage-femme m’a
informée en me recousant l’épisiotomie (mon mari était sorti) En
ce qui concerne une éventuelle prédisposition familiale : un de mes
oncles et sa fille avaient eu une luxation de la hanche (c’est lié) mais
personne n’a eu de pieds bots à notre connaissance. A
la naissance : Ma
réaction : ça n’a en rien gâché ma joie (c’était le premier,
et le seul à ce jour), et je trouvais quand même (à la surprise générale)
que c’était le plus beau bébé du monde et « qu’on faisait bien
les bébés chez nous». Tout le monde s’attendait à ce que je craque
alors quelques jours plus tard…mais rien par rapport aux pieds. J’ai
beaucoup plus mal vécu le manque de soutien (voire le sabotage) de l’allaitement.
Pour moi, le diagnostic vital n’étant pas en jeu, et ayant tout de suite su
par la sage-femme que, dans le pire des cas, après intervention(s)
éventuelle(s) et au plus tard à l’âge de 5-6 ans il n’y paraîtrait
plus…y’avait plus qu’à s’organiser. Le plus urgent = gérer le
conjoint pour pouvoir s’occuper ensuite du bébé.
L’entourage : belle-mère affectée. Nous les remercions tous
beaucoup d’avoir contribué (j’ai fait circuler l’info illico) à la
garde-robe particulière – ouverture complète par boutons-pressions de l’entrejambe,
pas de vêtements « à pieds » (disponibles à l’époque
quasiment seulement en magasin de puériculture), sauf pour les introuvables
pyjamas (nous avons découpé).
Mon
mari n’a jamais accepté la situation, et finalement, un an après l’intervention,
quand le chirurgien a affirmé la réussite de l’opération (François avait
un peu plus de 2 ans)…il a relâché la pression au point de faire une
dépression ! Avis
à ceux qui le vivent mal : consulter un psychologue avant d’en arriver
là (ce que nous n’avons pas fait). Pour moi, ce fut franchement pénible de
le voir craquer au moment même où le plus dur était passé, et qu’on
allait pouvoir souffler un peu (le rythme de kiné avait bien changé).
La chef du service de réadaptation fonctionnelle de l’hôpital de St-Quentin semblait croire que c’est pour cela qu’une intervention a finalement été nécessaire. Après l’opération, c’est une autre kiné qui a repris François. Le comble, ce fût certains remplaçants l’été, où j’ai dû moi-même défaire et remettre les attelles qui, mal fixées, ne tenaient pas 2 h en place. François a été pris en charge à 100 % par la
sécurité sociale dès la naissance et pour un an (sans visite au
médecin-conseil). Le renouvellement a été accordé
à la suite de la visite au médecin-conseil et au vu des radios faite
à cette date, et jusqu’à x séances après l’opération (lié au K
opératoire). Un « raté » dans le dossier administratif nous a
fait manquer la prolongation (au-delà du quota initial prévu par rapport au
K opératoire), sans grave conséquence financière pour nous, car la mutuelle
a pris le relais (sauf 5%…mais à un moment où il n’y avait plus que 2
séances par semaine, et aucun matériel ou pansement à côté)
Mon fils a été opéré à l’Hôpital d’enfants Armand Trousseau à
Paris, par le Professeur Filipe, le
25/01/1994. Techniquement :
très bien. A noter la très grande « humanité » du chirurgien. Accueil :
secteur mère-enfant (ou père-enfant, mais l’un seulement des parents
pouvait dormir dans la chambre) : une chambre pour mon fils et moi-même
pendant tout le temps du séjour Administrativement :
des soucis avec le médecin-conseil de la Sécu, qui ne souhaitait pas une
opération à l’extérieur de la circonscription – selon l’argument bien
connu que les médecins font travailler leurs copains alors qu’il y a des
gens compétents sur place (nous habitions la Somme, en Picardie). Deux
dossiers se sont retrouvés montés, l’un nous refusant la prise en charge
parisienne (c’est-à-dire le surcoût du prix de journée par rapport à l’hôpital
d’Amiens, ce qui correspondait à environ 12 000 – 15 000 F au
total).. ;et l’autre ayant apparemment suivi son cours normal. Nous n’avons
finalement rien déboursé. (à noter : le refus de la sécu est arrivé chez
nous pendant qu’on opérait le
gamin à Paris ; le rejet de ma réclamation le 24/12 !)
Pour ce qui concerne les contraintes : Nouveau-né, et jusqu’à 8 ou 12
mois, je ne sais plus bien : kiné à domicile (chez nous ou chez
nourrice). Après et jusqu’à l’opération, rendez-vous
au cabinet, après le travail, dans la bousculade de tous ceux qui
demandent ces horaires…les journées étaient longues. En fait, après la
séance, je rentrais à l’appartement avec François, le faisait dîner, le
couchait…et c’est seulement après que nous dînions mon mari et moi vers
20h30, puisque c’était moi qui préparait le repas (c’est là que le
véritable soutien logistique d’un mari ou non fait une grosse différence). Anecdote :
il avait très bien appris à faire aller ses jambes de façon synchrone pour
bouger (il tapait les attelles sur le marchepied en plastique dur de son
relax-douce musique), et était toujours jambes tendues…ce qui fait que vers
10 mois je crois, nous avons dû lui apprendre à désynchroniser ses
mouvements et à plier les genoux (il se relevait jambes tendues en tirant sur
ses bras, agrippé au bord du parc). Ca nous a bien fait rire, à l’époque
déjà. (Il n’a jamais fait de 4 pattes, mais sautillait-traînait sur les
fesses, une jambe tendue et l’autre repliée).
Aujourd’hui : François a connu en CE1 (il vient de finir son CE2) des difficultés scolaires, en partie liées à une dyslexie non détectée et donc non traitée qui l’avait empêché d’acquérir convenablement la lecture. Deux acquisitions fondamentales (la marche et la lecture) se sont donc trouvées très entourées. Peut-être s’en sentait-il dépossédé, voire incapable de réussir quelque chose comme tout le monde ? Il avait en tout cas perdu toute confiance en lui, et nous avons alors parlé de ses pieds (version, on a rien à perdre et tout à gagner en essayant), en le replaçant comme acteur important du processus : parti avec un handicap, il a marché à 15 mois, comme plein d’autres ; la kiné n’aurait rien pu pour lui s’il n’avait pas activement participé (à partir d’un certain âge, les séances de kiné ne sont plus uniquement passives), elle lui a fourni les conseils d’une professionnelle exercée, mais c’est lui qui travaillait et a surmonté l’obstacle…..Il a plusieurs fois demandé qu’on y revienne (s’il s’en était souvenu longtemps, jusque vers 4 ans et demi, il avait oublié depuis), et je crois que ça l’a beaucoup aidé à « se mettre au travail » activement pour s’en sortir aujourd’hui, à comprendre que c’était bien à LUI de fournir les efforts, même s’il était entouré. Maintenant, la kiné c’est fini. Quelle séquelle lui reste-t-il ? Epater les copains en sachant tourner son pied complètement à l’intérieur à volonté !Plus sérieusement, écart non rattrapé en course de vitesse (légère tendance au croche-pied dès qu’il accélère – son pied droit tourne plus vers l’intérieur à la course qu’en marchant). Pour la course de fond, c’est OK…mais je crois que ce ne serait pas possible régulièrement (tendance à une tendinite – tendon d’Achille- à droite – le pied le plus touché). L'équilibre sur pied droit fait aussi ressortir le varus. La psychomotricienne dit que c’est totalement compensé (ce qui ne signifie pas totalement normal). Les contraintes : Naissance fin juillet : pas de «vacances » cette année-là (ça aurait été le cas de toute façon – mais on a dû renoncer au mariage de ma meilleure amie à Noirmoutier à cause du problème de kiné), ni la suivante (à cause de la contrainte kiné uniquement cette fois-ci). L’été de ses 2 ans, il recommençait à marcher après l’intervention (avec encore quelques difficultés et une grande fatigabilité), nous sommes partis à la montagne une semaine, mais c’était un mauvais choix : les poussettes passent mal les chemins empierrés et pentus – et à deux ans, il commence à être lourd à porter ! J’aimerais ajouter ceci : Divers : J’avais laissé à la kiné le message de nous mettre en relation avec d’éventuels futurs parents auxquels cette mésaventure arriverait. C’est arrivé une fois, et j’ai constaté les dégâts de la culpabilisation judéo-chrétienne : lui avait divorcé pour elle, et le fait que leur fils était né avec des pieds-bots, ils considéraient que c’était leur « punition divine » ! De grâce, un Dieu qui se « vengerait » sur d’innocents bébés ne serait pas le Dieu d’Amour et de pardon de l’Evangile ! Ce que je ferai autrement aujourd’hui : après son retour de la salle de réveil, François ne lâchait pas ma main, mais ne pleurait pas. Simplement je voyais qu’il ne bougeait pas du tout les jambes, et que, sur le point de s’endormir, il sursautait et se réveillait tout à fait. J’ai été voir l’infirmière pour signaler qu’il semblait avoir mal et qu’elle vérifie à partir de quel moment il pourrait avoir un calmant. Elle m’a répondu en substance « il ne pleure pas ? c’est que ça va alors ».. ; et ce n’est donc que 2h plus tard, n’ayant plus aucun doute moi-même, que je suis retournée voir sa collègue (changement de service) qui est venue, a soulevé le drap, a vu ses jambes trembler légèrement, a conclu alors qu’évidemment il avait mal, même s’il ne pleurait pas, certains enfants sont « courageux » comme ça (et finalement, c’est tant pis pour eux !). Il a donc eu son calmant. Moralité : la prochaine fois, je me ferai plus confiance à moi-même, sa mère, qui connaît mon enfant mieux que personne, à défaut de connaître la médecine ! (je me demande si je ne le pincerai pas pour qu’il pleure, c’est vrai quoi, quand ça casse les oreilles de tout le service, y’a pour certaines plus de motivation à agir). |
Dernière modification : 13 décembre 2001
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